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Pièce pour 7 danseurs
En collaboration avec les danseurs de la Compagnie Guélassémon
(Direction Laurent Ouhon-Sea)
«Nous ne nous étions jamais vus et pourtant nous nous sommes
donnés rendez-vous à Yopougon, en Côte d’Ivoire.
Nous avons chacun de notre côté donné et reçu,
partagé. Il s’agit pour moi de mon premier rendez-vous en
Afrique. Je n’avais jamais eu l’occasion de travailler avec
des danseurs du continent africain. Aucun d’entre eux n’avait
croisé un danseur ou un chorégraphe venu d’Europe.
Il y a eu des sourires, beaucoup de passion, un peu de magie, parfois
quelques mystères insolubles, une écoute au-delà
des mots mais aussi et surtout un choc des cultures dont certains éclats
sont générateurs de sens. A nous de nous en saisir.
Le constat est là, ces danseurs sont essentiellement issus d’une
pratique de la danse traditionnelle ivoirienne. J’ai défini
les cadres de ce que pouvait être un essai chorégraphique
autour du thème de la rencontre en m’attachant à mettre
en valeur nos différences qui contrairement à ce que l’on
pourrait peut-être s’attendre, nous rassemblent plus qu’elles
ne nous éloignent.
Il s’agit donc d’un essai chorégraphique pour 7 danseurs
ivoiriens dont l’écriture sera contemporaine. A la base de
cette écriture, il s’agit d’élaborer ce que
sera le geste puis la phrase chorégraphique servant à la
construction de ce «rendez-vous». Pour ce je me suis attaché
à déconstruire et plus précisément à
décomposer certains des mouvements traditionnels. Jouer sur la
notion d’appuis, de vitesse pour finalement en révéler
une forme nouvelle. Jouer aussi sur de nouveaux cadres musicaux et ainsi
me dégager des percussions conventionnelles. J’ai ainsi choisi
entre autre d’utiliser de la musique baroque qui étrangement
trouve écho dans certains nombres de pas traditionnels. C’est
probablement aussi dans ce rapport inhabituel musique et danse que se
situe notre recherche.
Enfin, il s’agira de mettre en œuvre ce que j’appellerais
«l’architecture chorégraphique» de ce projet.
L’organisation de l’espace puis du temps nécessitera
une construction, une partition où l’enchevêtrement
des danses, des danseurs et de leurs mouvements tisseront une «étole»
et, conformément à mes préoccupations artistiques
les plus intimes, laisserait paraître une trace témoin de
cette rencontre métissée entre le jeune chorégraphe
que je suis et ces danseurs, là-bas à Yopougon.
A propos de traces...
... celles que notre monde occidental «blanc» a laissé
sur eux comme une imprégnation, une aliénation.
Mieux que de s’en défendre, ils auront, sans rancœur
et pétris d’humanité, su probablement en jouer avec
légèreté, détachement et distance, comme pour
mieux révéler certaines vérités héritées
de notre histoire commune et partagée il y a encore peu finalement.»
Extraits de notes de travail - Yopougon Côte d’Ivoire, 3 mars
2009